Fils Carlos décédé

Année de publication: 1974

 

GUGLIELMI Joseph – RAFFAËLLI Betty – RAFFAËLLI Michel       Fils Carlos décédé,  couverture recto de Paul Gillon, au verso texte d'André Gisselbrecht, illustrations intérieures de Michel Raffaëlli,  série "Théâtre en France", P. J. Oswald, achevé d'imprimer en avril 1974 par Daniel Chenel imprimeur à Honfleur. -73p.

Chronique théâtrale et musicale en neuf situations,  tirée d'un fait divers publié dans la presse en février 1973. Un jeune portugais, arrêté à la suite d'un vol de voiture, se suicide après huit jours de détention. L'administration avertit les parents du jeune garçon par ce télégramme: "Fils Carlos décédé - Prison de Fleury-Mérogis."

Lecture-spectacle au festival d'Avignon 1973 dans le cadre de Théâtre-Ouvert. Création le 17 avril 1974 au Théâtre de la Tempête - Cartoucherie de Vincennes, mise en scène de  Betty Raffaëlli et Michel Raffaëlli, avec Dominique Bernard, Denise Bonal, Christian Bouillette, Caroline Gautier, Bertrand Gauthier, Jean-Pierre Laurent, Miloud Khatib, Betty Raffaëlli, Michel Raffaëlli, Jean-François Renault, Nicolas Serreau, Jean-Baptiste Tiémélé, Bernard Waver.

Après André Gisselbrecht, et son article publié dans France Nouvelle juste après Avignon et reproduit au verso du livre, de nombreux critiques saluèrent le spectacle présenté à la Cartoucherie.

"Carlos, jeune paysan portugais, va chercher du travail à Paris. Ouvrier. Il dort du côté des Lilas. Un soir, un de ses copains pique une voiture pour aller à La Chapelle. C'est Carlos qui est arrêté. Passage à tabac au commissariat, incarcération à Fleury-Mérogis. Carlos se suicide. Dans leur village, les parents sont prévenus par télégramme que Carlos est en prison. Ils obtiennent difficilement un passeport. À Fleury-Mérogis, ils sont mis en présence d'un sac en plastique vert qui contient le corps de leur fils. Écrite par Betty Rafaelli, Joseph Guglielmi et Michel Rafaelli, la pièce est faite d'un nombre restreint de longues séquences : arrestation de Carlos dans la nuit, passage à tabac, monologue de Carlos dans sa cellule, révolte dans la cour de Fleury-Mérogis à l'annonce d'un nouveau suicide, démarche des parents de Carlos au commissariat de Sao-Fernando, enfin présentation du corps de Carlos aux parents.Le dialogue, aussi bien que le jeu et la mise en scène, sont composites. Notations naturalistes, très justes, se mêlent à un ton parfois plus fabriqué, plus " théâtre ", et à des échappées poétiques (monologue de Carlos dans sa cellule) qui sont moins convaincantes. Ce qu'il y a de plus fort – et c'est sans doute là la voie personnelle de Betty et de Michel Rafaelli, - c'est une façon sobre d'imposer un climat d'ensemble, climat réel, sourd, très aigu en même temps (au commissariat, à la prison), puis de prolonger ce climat, de le laisser pourrir sur place, se détériorer peu à peu, virer à l'absurde, et alors on voit les personnages et même les tables, les chaises, " flotter ", perdre leur substance, s'oublier dans le grotesque, l'abjection. Ces moments-là sont saisissants, ils constituent en fait une analyse et une critique profondes de l'événement considéré.Les acteurs sont excellents. Se remarquent en particulier, parce que leurs rôles sont plus forts, Christian Bouillette, Jean-Pierre Laurent, Miloud Khetib, Bernard Waver, Betty Rafaelli. Fils Carlos décédé n'a ni la rigueur absolue de Histoire de sortir de Nicolas Peskine, qui avait été montée cet hiver par d'anciens détenus et qui montrait aussi un suicide à Fleury-Mérogis, ni la violence de manifestation de J’ai confiance en la justice de mon pays. Mais c'est un nouveau témoignage, qui fait preuve de tenue, de recherche, et qui, jusque dans ses gaucheries, force l'estime." Michel Cournot, Le Monde, 19 avril 1974.

Dans Politique Hebdo (mai 1974), Gilles Sandier   écrit : " (…) Michel Raffaëlli, peintre, scénographe connu, et musicien, avec sa femme Betty et le poète Joseph Guglielmi ont construit un objet théâtral qui n’est pas loin d’être exemplaire. Il est digne de sa dédicace : « à Jean-Marie Serreau ». À l’intérieur d’une structure musicale faite de fados et de free jazz, avec quelques tables et chaises pour construire l’espace, le récit a le dépouillement admirable et implacable d’un constat. À une époque où sévissent au théâtre, jusqu’au ras-le-bol, la mode « rétro », le retour à ceci, la nostalgie de cela, et la sophistication sans mesure, et les jeux manières avec les signes et les symboles, ce récit direct, simple, avec juste la « distance » nécessaire dans le jeu des acteurs (Brecht n’est jamais loin) nous atteint comme une balle. La droite trajectoire de la tragédie. Ni pathétique, ni prêche-prêcha, ni naturalisme. La violence, la torture et le désespoir, et l’horreur administrative, et l’absurdité pénitentiaire, et le désarroi des pauvres gens, sont là, tout nus, avec peu de mots - mais forts - peu de signes. Stylisés comme dans une bande dessinée qui atteindrait sans effort la tragédie. Il y a là- dedans tout ce qu’on aime dans les spectacles de Benedetto, mais avec une plus grande maîtrise des moyens scéniques, disons : une plus grande science de ces moyens, mais une science qui ne s’exhibe jamais, qui sert, avec modestie, le récit. Les acteurs sont remarquables, notamment Miloud Khatib, qui joue, entre autres, Carlos, et dirigés avec une extrême vigueur. Ce travail, qui impose un style, fera date dans ce genre de théâtre « politique » . Le silence qu’on fait sur lui est scandaleux. Sa place serait dans un théâtre comme Chaillot."